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Une toile autonome et absolue « au zéro des formes »
Lino de Giuli perçoit sa peinture comme un fleuve dans lequel se jettent immuablement les influences, les expériences et les désirs. La palette de l'artiste est comme un alphabet esthétique qui mature et se compose au fil des ans.
Imprégné par la technique et la poésie picturale des grands maîtres italiens de la Renaissance, il explore la matière et la couleur qu'il souhaite libre et affranchie des conventions. Le grain à la différence de la forme rigoureuse doit pouvoir vivre et respirer.
Au « zéro des formes » il a pour ambition de faire de son art une peinture pure sans artifices narratifs. La peinture ne doit pas illustrer un propos mais confronter le « regardeur » à sa propre expérience. Les griffures, les aplats, la spontanéité du geste créateur participent à cette toile médium qui nous bouleverse et nous interroge.
Un basculement brutal dans l'abstraction.
Après avoir exploré les champs de la figuration à l'instar du dessin d'animation et l'illustration publicitaire, il ressent les limites d'un formalisme académique.
Conscient d'être enfermé dans des espaces et des caractères qui brossent une histoire, il prend, dès lors, le parti d'un coloris à la fois évanescent et saturé qui s'exprime au détour d'une forme juste.
La rencontre avec le carré noir sur fond blanc de Malevitch le conforte dans l'idée qu'il faut rejeter la composition traditionnelle. « Quand disparaîtra l'habitude de la conscience de voir dans les tableaux la représentation de petits coins de la nature, de madones ou de Vénus impudiques, alors seulement nous verrons l'œuvre picturale » Kasimir Malevitch
Le je[u] du paradoxe
Dans une toile où flirtent la contradiction et la confrontation, la couleur sature et s'évapore autant que la forme juste devient libertine. Ces éléments s'organisent au grès de la volonté de l'artiste qui associe à sa créativité une gestuelle hasardeuse.
A la conquête de l'espace la toile s'affranchie alors des figures délimitant un cadre formel et temporel. Cette quête perpétuelle qui s'évertue à rompre le carcan des châssis sera ainsi mise en lumière par une installation faite d'éléments peints.
Brice Beaurain |