Pascal Laloy raconte...:
Tout a commencé par un appel à candidature assez inhabituel, organisé par une galerie parisienne, la Maatgallery. La galerie en question cherchait, via le Net, à « trouver » 10 jeunes artistes. Evènement peu courant en regard des lieux d'exposition classiques, pour lesquels la longueur du C.V. reste un critère (très) déterminant.
Cerise sur le gâteau, l'exposition serait réalisée sous le haut patronage de Vladimir Velickovic.
J'avais plus ou moins évité d'en parler autour de moi, pour ne pas trop subir la pression de mon entourage et ne pas avoir à lui rendre de compte sur mon échec programmé. Et surtout pour ne pas passer pour un grand mégalo.
Cachant mon désarroi à mes proches, j'attendais donc, fébrilement, les résultats.
Et ils ne sont pas tombés. Pas le jour prévu, en tout cas.
Il a fallu attendre 4 ou 5 jours pour enfin lire la liste des retenus - où, stupeur ! j'ai pu voir mon nom - mais, comble de la cruauté inconsciente, nous n'étions pas 10 mais 35 : 25 d'entre nous seraient éliminés, comme dans une émission télé.
Le jour de la rencontre est venu. Le Prix Découverte portait bien son nom. Découverte pour moi d'un nouveau monde, celui des galeries parisiennes. Découverte d'un lieu et rencontre avec des peintres et des marchands.
11 octobre 2007 : rendez-vous à la Maatgallery, première rencontre avec la peintre Claude Apert CAB. Elle sera ma marraine jusqu'à l'expo, en mars 2008. Le courant passe aussitôt, climat de confiance. Présentation rapide de mon travail. Echanges sur nos pratiques respectives qui offrent à priori peu de similarités. Je peints du corps, du fragment de la figure humaine, de la tête, de manière systématique, voire obsessionnelle. Claude me dit que c'est justement le corps qu'elle refuse de figurer. Il semble, pour résumer, que mon sujet tourne autour de la matérialité, la matière physique (corps, peau, contact, geste, projections de peinture, taches, pesanteur, coulures), alors que Claude semble se focaliser autour d'une certaine spiritualité. Mais je me trompe peut-être.
On réalise que nos différences sont plutôt un atout : regard extérieur étranger aux habitudes, aux automatismes. En un mot, un regard neuf.
Café à la terrasse d'un bar voisin. La discussion vagabonde entre les expériences d'expos, le matériel, les statuts, et des sujets plus subjectifs, nos approches de la peinture, notre ressenti par rapport à l'acte de peindre.
Exigences, repentirs, effacements, refus du « plaisant », échec, instant « miraculeux ». Finalement, on travaille sans doute de la même manière.
On se quitte en souhaitant continuer d'échanger. La distance géographique et nos emplois du temps respectifs ne facilitent pas la tâche mais on reprendra contact bientôt.

CAB raconte... :
Profitant d'un court séjour à Paris, Pascal m'a contactée pour que nous puissions nous rencontrer car je n'avais pas assisté à la soirée du 26/09. Nous nous sommes donc retrouvés à la galerie un jeudi après-midi.
Le contact a été facile et très vite, Pascal, qui avait apporté un CD de son travail, a pu me montrer une sélection de ses oeuvres, m'expliquant sa technique et ses sources d'inspiration, notamment la tête de poupée.
Les « têtes » de Pascal sont très expressives, empruntes d'une certaine douleur, d'une certaine angoisse. Souvent de grands formats, ces têtes vous attirent, vous absorbent. Un travail d'introspection, du moins c'est ce que j'ai ressenti. Une technique pleine de mouvements, certainement amples et assez rapides.
Quittant la galerie, nous sommes allés prendre un café sous un petit rectangle de soleil, bien agréable en ce mois d'octobre. Pascal m'a parlé de son parcours, de son travail en milieu psychiatrique, de l'émotion qu'il a ressenti lorsqu'il a appris la bonne nouvelle de sa sélection par Maatgallery.
Puis nous avons encore échangé nos sensations, ce qui nous pousse à peindre, notre approche tactile avec la peinture, notre façon de « rentrer » dans l'instant où la création commence à sortir de nos êtres. Ce fut vraiment un échange très fructueux, car bien qu'ayant des styles très différents, nous nous sommes aperçus que nous avions les mêmes sensations, les mêmes besoins, les mêmes souffrances et plaisirs dans l'expression artistique.
Enfin, j'ai parlé à Pascal de certains aspects pratiques et économiques de la condition d'artiste, de l'intérêt ou pas de s'inscrire à la Maison des Artistes.
Quittant la terrasse de café, nous avons prolongé notre rencontre en allant flâner chez un fournituriste, le Géant des Beaux-Arts, pour ne pas le nommer.... Là encore, nous avons parlé produits, outils, et tutti quanti.
Pour ce qui concerne les mois à venir, et donc l'exposition collective des artistes sélectionnés, j'ai conseillé à Pascal de travailler, et encore travailler, de ne rien changer, de ne pas peindre en pensant à l'expo. car cela l'influencerait.
Je dois avouer que depuis notre rencontre, je n'ai pas recontacté Pascal, plongée dans la peinture en vue d'une importante exposition personnelle dans une galerie parisienne. |