CORPSACCORDS
La fugacité du rêve
« J’aime l’énergie du dessin ». Les fines couches de peinture d’Emmanuel Mergault laissent alors respirer les traces du croquis omniprésent dans l’œuvre du peintre.
Les coups de pinceaux se font légers laissant transparaître les lignes de réseaux du dessin préparatoire. De cette espèce de légèreté se dégage une sérénité, qui n’est pas sans enthousiasmer les spectateurs aimant ce doux va-et-vient entre le croquis et la peinture. Ce succès n’est pas sans rappeler les sanguines de Rodin, toujours chéries par les amateurs d’art.
« Le public me fait prendre conscience de tout un tas de symboles auxquels je n’aurais jamais pensé. Je n’ai pas pour habitude de préparer mes œuvres en amont. Elles sont instinctives…»
Instinctives en même temps qu’académiques, réminiscences des cours des Ateliers des Beaux- Arts de la Ville de Paris, les oeuvres d’Emmanuel enfouissent toute une symbolique du corps.
Les géniaux fantômes de la Renaissance Italienne rôdent…
« Le corps en mouvement me fascine. J’aime en capturer l’énergie. Plus je travaille sur le corps, plus de nouveaux horizons s’ouvrent à moi. »
De ces horizons n’est apparu et n’apparaîtra sans doute jamais le visage de l’être représenté : « Je ne souhaite pas que mes modèles se reconnaissent pour que les spectateurs puissent justement se reconnaître à travers eux. L’expression du corps se suffit à elle-même. »
De l’art d’esquisser l’essentiel.
L’homme face à ses démons
D’un naïf dessin gribouillé à la maternelle est née une passion pour Claude Duvauchelle. Et un formidable sentiment d’exister. A l’image de ces corps brutalisés, torturés qui illuminent les peintures du peintre. Car ils existent bel et bien, douloureusement.
« Je travaille sur l’humain et la violence qui l’habite. Qu’elle soit physique, psychologique, religieuse, économique ou encore sexiste…Je dénonce tous les travers de l’homme qui génèrent toute sorte de souffrance. »
Contrairement à l’œuvre d’un Ernest Pignon-Ernest qui dénonce un évènement précis ou encore celle d’un Bacon plus marquée par le nazisme ou l’homophobie ambiante de son pays, la démarche de Claude Duvauchelle se veut plus globale. Elle traite de l’humain sans définir de maux ou de victimes.
De son long séjour en Italie, le peintre a retenu les leçons édifiantes des Anciens : « Le Caravage, Mantegna (Le christ mort), Tiepolo,… toutes ces peintures de martyrs et crucifixions m’ont fortement et durablement impressionnées. »
L’utilisation de poses improbables (« pour sortir du déjà-vu ») permet un jeu sur la technique : le raccourci, le clair-obscur, les perspectives linéaires… L’originalité des œuvres est qu’elles peuvent se lire dans tous les sens. L’artiste ayant tourné la toile de haut en bas, durant le processus créatif, pour lui trouver le meilleur angle.
Question de sens également : les titres des oeuvres. Pour un explicite « Tragique balle perdue » où une innocente victime gît la tête en sang, un plus énigmatique « Vertige du monde » nous expose deux corps en apesanteur, prêts à s’effondrer. Le spectateur s’interroge sur la métaphore en même temps que sur l’œuvre. La première apaise et interroge la seconde. Comme ses lettres, ses graphies et ses phrases qui ajoutent un semblant d’humain dans ce déluge de corps désincarnés et aliénés.
Nécessite de la métaphore et autre oxymore pour panser les plaies. Nécessité de l’art pour panser la souffrance du corps. Et de l’âme.
Cédric CHAORY |