Entrer dans l’univers d’Anna Depau, c’est accepter de se défaire de toutes les certitudes qui nous voilent la seule évidence que recèle le corps, le corps de tout ce qui vit encore. L’évidence de la permanence de la mort. Ame
secrète d’une vie qui semble n’être que pour en affirmer l’inévitable présence.

[...] C’est le corps du destin. Le corps auquel l’on refuse toute signification même dans son ultime moment. C’est le corps de tous ceux qui meurent sans que personne ne leur aie jamais trouvé de raison de vivre. Ou encore de tous ceux à qui l’on refuse le droit de vivre et dont les cadavres rebutants jonchent les chambres des holocaustes et les champs des génocides. Le corps des boucheries et des abattoirs. Certaines dépouilles d’Anna Depau commémorent ces corps rejetés, réduits à l’état de déchets ou d’ordures pathétiques.
L’autre lecture de l’« habeas corpus » transcrit l’expression par « que tu aies [ton] corps » ou « que tu puisses disposer librement de ton corps ». Quoique fausse, cette exégèse laisserait entrevoir de moins sombres horizons, puisque la liberté non seulement n’en serait pas exclue mais qu’elle s’y affirmerait comme un devoir. De nombreuses créations d’Anna Depau s’inspirent de cette pensée moins ténébreuse du destin. Un sourire parfois les anime. Toutefois, quelle que soit la liberté que se donnent les corps, un même destin les appelle tous à une identique fin. C’est donc ici encore, la figure du mort qui livre le mieux la dimension de la vie et de la liberté. L’on a pu rapprocher les figures qu’Anna a réalisées de cette mort pleinement assouvie de certaines momies anciennes ; en effet, la momie exorcise le destin puisque sa fonction est d’appeler sur le corps la pensée de l’immortalité. [...]
Extrait du texte de
Pol P. Gossiaux
01.01.2008 |